Un budget adopté au forceps
Le projet de loi de finances 2026, adopté le 2 février après trois recours à l'article 49.3 par le gouvernement Lecornu, entérine une baisse de 86 millions d'euros pour l'audiovisuel public. La dotation totale s'établit à 3,878 milliards d'euros, en recul pour la deuxième année consécutive après une coupe de 78 millions en 2025. La réduction initiale de 71 millions a été portée à 86 millions par un amendement de dernière minute ajoutant 15 millions d'euros d'annulation de crédits.
France Télévisions en première ligne
Sur les 86 millions, France Télévisions absorbe 80,2 millions d'euros de baisse (-2,6 %), Radio France 4,1 millions et l'INA 1,5 million. Arte, France Médias Monde et TV5 Monde sont épargnés — France Médias Monde bénéficie même d'une hausse de 10,6 millions au titre de l'aide au développement. Pour France Télévisions, l'effort réel atteint 180 millions d'euros en cumulant la baisse de dotation, l'évolution des charges et la compensation du déficit 2025.
Plan d'économies drastique
Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, a confirmé lors d'un conseil d'administration extraordinaire le maintien de l'objectif de « zéro déficit ». Le plan prévoit la suppression de 120 postes, la vente d'actifs immobiliers, la cession de 9 matchs du Tournoi des Six Nations à TF1, une réduction de 5 % des dépenses de divertissement et un budget de création ramené à 400 millions d'euros (-40 millions par an). Une coupe qui impacte directement les 260 000 emplois de la filière audiovisuelle française.
Dix ans de désinvestissement
Depuis la suppression de la redevance audiovisuelle en 2022, remplacée par une fraction de TVA, le financement dépend des arbitrages budgétaires annuels. En dix ans, l'audiovisuel public a absorbé 583 millions d'euros d'économies cumulées, sans que la dotation ne suive l'inflation (23 % sur la période). Le SNJ-CGT dénonce une « destruction programmée » et s'inquiète de la fermeture possible de stations comme Mouv' ou de la perte de droits sportifs.
Un phénomène européen
La pression sur les médias publics dépasse les frontières françaises. L'historien des médias Alexis Lévrier parle de « croisade contre les médias publics ». En Italie, le gouvernement Meloni a modifié la gouvernance de la RAI ; en Allemagne, l'AfD cible ARD et ZDF ; au Royaume-Uni, la BBC fait face à des controverses politiques récurrentes. Un contexte qui interroge le modèle même du service public audiovisuel en Europe.